Exposer, s’exposer : derrière les paillettes, la boule au ventre.

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Je n’ai pas spécialement réfléchi à cet article et quelque part, ce n’est pas plus mal.  j’ai envie de partager mon ressenti en toute transparence avec toi, puisque nous entretenons jusqu’à présent une relation de confiance.

T’es-tu déjà rendue sur un salon de créateurs , une expo, un vernissage peut-être ?

Avant l’aventure Dissident Sheep, je pensais souvent que l’univers créatif était rempli de petits fours bon marché et de conceptualisation du vide, faite par des inconnus à propos d’ouvrages de qualité qui n’avaient rien demandé .

Et puis un jour, j’ai fait ma première exposition.

J’avais un peu de mal à réaliser, et heureusement, je n’étais pas seule à participer. C’était tout petit, bon enfant, dans un bar , un dimanche de Mars. On m’avait téléphoné pour que je parle de Dissident Sheep au journal local, et je ne savais pas à ce moment là qu’alors que j’étais en train de pleurer d’angoisse avec mes sacs en attendant de partir, ma tronche était imprimée en grand dans l’édition du jour avec comme titre un chouia racoleur :

 » Jeanne, artiste en bijoux, expose à Calais ».

C’est drôle, non ? C’était comme si on ne parlait pas de moi mais d’une meuf qui aurait atterri à Calais par hasard et qui nous ferait l’honneur de sa présence ce jour là avec ses oeuvres. Ca m’a fait rire, et puis pleurer, encore. Parce que je me disais que tout le monde allait s’attendre à un truc de fou alors que j’étais là, terrorisée, avec mes trois présentoirs et des plumes multicolores éparpillées sur la table .( Ahem ! prochaine édition, « Jeanne, artiste décoratrice, vient s’occuper de ton stand d’exposition »  ) . Et finalement, le visage de mon père qui apparait, celui de mon amie Maëlle, Marion et leurs parents , mes amis de Calais venus m’encourager. Et puis une dame, une inconnue, qui avait tout de suite voulu acheter des boucles d’oreille que je venais à peine de terminer, les mains tremblantes, à quatre heures du matin. Je me souviens avoir immédiatement relaté la chose à mes proches comme s’il s’agissait d’un véritable miracle : une dame avait eu un coup de coeur pour mes boucles. Ca méritait presque un second article dans le journal, sans déconner. La première vente au cours d’une exposition.

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C’était en 2013 à la Timbale avec Made in Calais, une table d’expo plus que douteuse mais un sourire jusqu’aux oreilles. 

Ce jour là, j’avais préparé plein de gâteaux en me disant qu’ils auraient sans doute plus de succès que mes bijoux. Et voilà que soudainement, je regardais s’éloigner cette femme à travers la vitrine, un petit sac à la main, le mien, celui que j’avais préparé pour elle, celui qui protégeait le fruit de quelques dizaines d’heures de travail, le mien, pour elle. Je souriais pour ne pas pleurer.

J’entends la voix de beaucoup de monde dans ma tête, là , tout de suite, pour me dire que c’est quand même pas très « vendeur » de dire qu’on chiale presque tout le temps avant une expo ou un salon.

Aujourd’hui, je m’en fous. Exposer, s’exposer, ça fait pleurer. 

Par la suite, j’ai participé à d’autres événements qui ne se sont pas du tout déroulés de cette manière, me rappelant ces histoires d’univers pseudo artistique dans desquelles des inconnus pourtant venus voir ton travail te prennent de haut, comme si, sans leur divine apparition, tu n’existais pas. Les marchandages de prix, les réflexions méchantes et déplacées, l’indélicatesse et la condescendance. Un mélange désagréable qui fait que plus d’une fois, je suis rentrée en larmes et vidée de ma substance.

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Chaos coloré : entre les présentoirs faits maison et nos coiffures respectives . Ma meilleure amie venue de Lyon pour me soutenir et Valentine, ma fidèle acolyte ❤ 

Je ne parle pas ici de vente, de prix, de chiffre . Je parle du fait de se foutre à poil devant des inconnus qui sont capables du meilleur comme du pire. Un salon, pour moi, ça signifie faire des réserves d’énergie des semaines à l’avance, ça signifie luter contre cette petite voix terrifiante qui te pousse à croire que tu ne seras pas à la hauteur. Encore maintenant, la première chose que je dis en arrivant, c’est  » Oh la la mais tout le monde a un stand de malade  » . Et j’ai peur.  Tu te compares forcément, tu te sens bête, debout à coté de ta table, tu te sens inutile parfois, et tu as le temps de te faire un million de films sur ce qui va se passer. Quand une première personne m’adresse la parole, c’est dur, je balbutie, j’ai le coeur qui bat à quinze mille à l’heure et j’ai parfois envie de me cacher parce que j’entends cette phrase atroce qu’on m’a tout le temps rabâchée :  » c’est pas très vendeur ».

C’est pas très vendeur, d’avoir peur. 

Je ne suis pas très vendeuse.

En même temps, si je n’avais pas si peur,  pourrais-je me nourrir autant  de toutes des phrases incroyables , de toutes ces micro-scènes qui se déroulent autour de mon travail ?

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Le temps ne change pas grand chose et ce sentiment désagréable est aussi le signe qu’il va falloir affronter cette satanée peur et la transformer en levier. Une fois que tu lui fais face, il se passe quelque chose de merveilleux. Je me mets à sourire à la peur, comme quand j’étais petite et que je pensais que lorsque j’avais mal au ventre, il me suffisait de sourire à pleines dents pour apaiser la douleur. Ca dénouait les noeuds, et je refilais le tuyau à tout le monde avec plus ou moins de succès. Tu n’as qu’à sourire, et ça ira mieux, tu verras, ça marche vraiment.

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J’écoute ce conseil de la petite Jeanne à la grande Jeanne et je vis des expériences humaines fantastiques. Travailler chez soi et soudain se retrouver propulsée face à de multiples inconnus ça fait une drôle d’impression, mais souvent chaud au coeur. Je garde en mémoire pas mal de phrases entendues au cours de ces salons ou expositions, elles chassent le doute et me font sourire quand je consulte les archives des bons souvenirs de ma mémoire.

Je revois cette dame d’une cinquantaine d’années, absolument magnifique, essayer des boucles à clips et se regarder dans le miroir. J’ai vu sur son visage qu’elle se trouvait belle avec ces boucles. Il s’est passé un truc silencieux, un truc pour lequel je travaille d’arrache pied et pour lequel je serais capable de tout donner. Voir des paillettes se cacher au coin des yeux et le visage s’illuminer dans le miroir. C’est dingue. C’est pour cette raison que je te dis souvent que j’aime qu’il s’agisse d’un coup de coeur. Parfois tu essayes un bijou et c’est une évidence. Parfois tu le reposes pour aller réfléchir le temps de faire ton petit tour, et je te vois revenir quelques secondes plus tard parce que tu as peur que TES boucles te passent sous le nez. Parfois, je t’explique pendant de longues minutes comment je travaille. J’ai peur de te saouler, souvent, et puis tu as l’air d’être quand même super intéressée, et je trouve ça dingue, et je continue.

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Parfois, nous nous sommes déjà rencontrées, nous discutons et nous rions devant mes bijoux, il ne manque plus que la théière et les scones. Parfois je suis accompagnée et nous formons un joyeux micro troupeau de moutons dissidents que j’aime appeler la Team Dissident Sheep. Parfois tu apparais avec un collier que j’ai réalisé, mon coeur fait un bond, je te trouve belle.

A ce moment là, je souris, je n’ai plus tellement peur. 

Dimanche, celui-là, le 11 Décembre, j’expose à Bruxelles aux Halles Saint-Géry , toute la journée. Toutes les infos sont disponibles ici , et je serais ravie de te rencontrer à cette occasion. Comment toujours, je te réserve quelques nouveautés spécialement conçues pour l’occasion. J’aurai sans doute mal au ventre, mais je sourirai et tout ira mieux 🙂 . Et si tu ne peux pas venir me dire bonjour, tu peux toujours te projeter virtuellement avec tes bijoux préférés sur l’e-shop (clic!) 🙂 

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Les Halles Saint- Géry, Vintage Brussels Market de Juin et Novembre 2016 

 

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