Troubles dans l’éthique : le procès de la gentillesse.

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Depuis déjà plusieurs semaines, je m’interroge très sérieusement sur un phénomène dores et déjà banalisé et qui tend à glisser doucement vers le terrain des acquis de notre ère surconnectée.

Ca a fait tilt lorsque j’ai écrit il y a peu à un petit mouton dissident qui m’avait envoyé une jolie carte :

« C’est vraiment trop gentil »

Et ce mouton de me répondre :

« Ah non ! J’en ai marre qu’on me dise tout le temps que je suis gentille ! »

Venais-je donc de l’insulter ?

La gentillesse épinglée, salie et dévalorisée, galvaudée et mise au placard, au profit de l’apogée des dents longues et aiguisées de l’arrivisme opportun qui frappe à toutes les portes. L’ère surconnectée ou l’espoir silencieux de tirer son épingle du jeu, société malade de sa propre image figée dans un smartphone à l’aide d’une perche à selfies.

D’où vient donc ce procès de la gentillesse , du don de soi et de la bienveillance ?

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source ici

Je m’interroge sur les raccourcis très rapidement empruntés par ceux qui ont oublié de mettre un peu de leur égo entre parenthèses pour faire de la place à l’autre.

Du bâillon de la gentillesse à la haine il n’y a qu’un pas. Alors sommes-nous carrément rentrés dans cette sorte d’apologie mal déguisée de la méchanceté gratuite, sous couvert d’attirer l’attention sur son propre nombril ?

Je suis toujours interloquée et attristée d’être témoin, sur la toile, de petites humiliations quotidiennes, harcèlement décuplé par un effet de groupe des plus populaires chez des individus qui ne se risquent pas à produire eux-mêmes un contenu qu’ils estiment digne de ce nom mais s’adonnent à un véritable déchainement de propos injurieux à des années lumières de la satyre ou d’une session « langue de pute » entre copines dans l’intimité du salon.

Gentil , la politesse de l’imbécile.

Le Gentilhomme ou l’archétype de la révérence poisseuse animée par l’espoir maladroitement dissimulé de pouvoir manger à tous les râteliers . On a ensuite coupé la tête de celui-ci pour laisser place nette à l’absolue démocratie, l’égalité sur toutes les bouches et à tout prix. La dictature du moi-je ou le refus de se subordonner, de céder sa place autrement que lorsque nos lois nous y contraignent .

La gentillesse a la vie dure, prise au piège de ses faux amis et d’un passif linguistique plutôt trouble. Je suis tombée par hasard sur le livre d’Emmanuel Jaffelin « Petit éloge de la gentillesse » dans un shop de livres de seconde main. Comme j’étais déjà en train d’écrire cet article, ça m’a de suite interpellée.

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Il fait le constat d’un grand trou béant dans l’histoire de la philosophie en ce qui concerne la notion de gentillesse. Tant et si bien que c’est un mot, une idée, une qualité qui se retrouve totalement malmenée tant on peine à en donner une définition qui fasse l’unanimité. Prise en sandwich entre respect et sollicitude, j’ai plutôt bien aimé la définition qu’en donne l’auteur et qui la considère comme quelque chose qui tend à « rendre service à quelqu’un qui (me) le demande de façon plus ou moins explicite ». Désintéressée et au delà  de la notion de récompense, c’est diminuer son propre égo pour faire de la place à autrui  :

« Plus je me détache de moi même, plus je m’attache à autrui (…) A l’instar du chat d’Alice au Pays des Merveilles de Lewis Carroll , qui s’efface pour ne laisser subsister que son sourire, la gentillesse est l’occasion de voir disparaitre momentanément ce moi auquel je m’accroche comme à ma première illusion et de ne laisser subsister que le sourire du plaisir d’avoir fait plaisir ».  ( Petit éloge de la gentillesse – Emmanuel Jaffelin)

Seulement voilà : je ne t’apprends rien quant aux qualificatifs peu reluisants attachés à la gentillesse dans notre drôle de paradoxe sociétal qui s’insurge de la haine tout en reléguant de bon coeur la gentillesse au rang de quasi handicap social.

Le gentil est forcément faible, sans volonté et un peu con, silencieux et manipulable. Souvent considérée comme stupide et crédule, une personne naturellement gentille sera moins prise au sérieux, moquée ou encore écartée professionnellement parce que peu rentable et peu compétitrice.

Vers une glorification de la méchanceté ?

Si je suis bien la première à défendre l’idée que l’on puisse rire d’à peu près tout, je reste stupéfaite devant l’ampleur du cyber-harcèlement qui semble couvrir sa violence par la plus vieille excuse du monde  « c’était pour rire« . Ok.

En résumé, le nec plus ultra de l’éclate totale résiderait dans le fait de devenir un véritable enfoiré sans en assumer la casquette. L’archétype du Gangster au grand coeur, celui qui considère toutes les femmes comme des Bitches mais c’est parce qu’il a eu le coeur brisé, et du coup ça devient carrément romantique. Ahem…

Il est devenu quasiment « banquable » d’être méchant, d’avoir la répartie aiguisée ou devrais-je plutôt dire : l’égo boursouflé d’auto-complaisance.

Sans revenir à la polémique « Touche pas à mon poste » puisque je ne regarde pas cette émission (attention, je regarde pas mal de daubes, qu’on s’entende bien, je ne critique en rien le fait de se vider la tête devant des conneries à la télé) , j’ai du mal à comprendre dans quelle mesure il est intéressant/drôle d’observer une bande d’individus critiquer/descendre/balancer à tour de bras sur telle ou telle personnalité pendant une plombe et par la même, considérer son humble avis comme une nouvelle norme, la norme individualo-narcissique de ceux qui pensent qu’écraser l’autre les fera grimper plus rapidement sur la pile . L’occasion en or de jubiler en s’écoutant parler, tout en feignant de déconner comme un ouf.

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La chasse aux faux pas, à l’ignorance tournée en ridicule et l’échelle normative du physique acceptable dans notre société moralisatrice . Un petit tour sur Twitter vous donnera assez vite l’impression d’un concours de lynchage public, à celui ou celle qui aura fait le montage photo le plus dégueulassement drôle du jour à l’insu d’une victime qui n’a souvent pas fait grand chose d’autre que de poster un innocent selfie comme c’est le cas de bon nombre d’entre nous.

Ce que je trouve particulièrement gerbant, c’est cet espoir grossièrement camouflé de s’attirer par la même  occasion une nouvelle flopée de followers prêts à rejoindre une sorte de microcosme au sein duquel la gentillesse est de mise tant que personne ne bronche : la méchanceté mal travestie tant que les pouces se lèvent. Essayez de jouer les super-héros et vous voilà à votre tour pourri, épinglé, dégradé et insulté, mais surtout : exclu.

Si la liberté d’expression n’a jamais été aussi prolifique sur la toile, celle-ci est devenue le drapeau sous lequel se cache une violence nouvelle, une cyber-haine ou le pavé dans la marre d’individus en mal de reconnaissance. L’ère de la fausse légèreté des moeurs et d’une bataille stérile de groupes d’appartenance qui ont pour point commun d’utiliser un ou plusieurs bouc-émissaires en guise de fil conducteur d’une désarmante intolérance.

Ton image me renvoie le reflet de ce pourquoi j’ai le mal de vivre. Je te déteste dans l’espoir de mieux m’aimer moi même, et je te crache au visage en espérant que ta réponse soit du pain béni pour une session copier /coller sur les réseaux sociaux entre frustrés . 

Alors oui, pourquoi cet article, pourquoi je te bassine avec tout ça , me demanderas-tu peut- être ? Eh bien simplement parce que je n’ai pas seulement envie d’écrire sur ce qui m’anime et me nourrit, j’ai aussi envie de partager avec toi ce qui m’interpelle, me révolte ou me pousse à prendre des chemins différents. Loin de moi l’idée de me transformer en moralisatrice à deux balles (j’ai absolument horreur de ça)  mais j’aimerais malgré tout ne pas me laisser happer par le flot des eaux sinueuses de l’exercice en ligne de mon métier.

J’aime parler avec mon coeur et mes tripes (cette phrase étant typiquement ce pourquoi on aimera me considérer comme une abrutie ) et s’il y a bien quelque chose que je n’ai plus envie de faire, c’est ne rien dire, opiner de la tête par peur de (et je cite pas mal de monde) de « me griller« .

Si je ne s’offusque plus de toute cette merde dont nous sommes assaillis chaque jour dans notre fil d’actualité, je me demande bien comment je pourrais légitimement défendre ce pourquoi j’ai choisi de créer ma marque : générer une source positive dans laquelle chacun pourrait puiser sa propre essence, donner envie via l’acquisition d’une pièce unique de se libérer du poids du conventionnel pour laisser place à l’expression silencieuse de sa personnalité. Et je ne crois pas que la méchanceté gratuite, la critique permanente et l’aigreur déguisée en complainte soit compatible avec l’épanouissement personnel.

C’est incroyable de se voir tourné en ridicule ou rangé dans la case des abrutis lorsque l’on croit en des valeurs humaines et positives. Je crois en la force de la gentillesse et à la grande ouverture qu’elle procure, et je crois aussi que tu récoltes ce que tu sèmes tôt ou tard, au cours de ta vie .

Alors, oui, il y en a toujours qui s’en sortent parfaitement bien. Mais est-ce que cela signifie qu’ils sont heureux et sereins pour autant ? Qu’ils sont entourés ou qu’ils sont épanouis ? Franchement, je ne le pense pas.

Bref, tu trouveras peut être cet article WTF mais il t’aura aussi peut être parlé, au quel cas je t’invite aussi à lire ce livre d’Emmanuel Jaffelin que j’ai trouvé bien écrit et éclairé ( et pas la peine de me balancer des critiques Télérama ou autre France Culture, je parle de mon opinion perso, et elle n’est peut être pas « au top de la tendance » ) .

A lire aussi, cet article de Jessica, celui de Coline qui fait référence à cette sale manie moralisatrice et culpabilisante + sa vidéo « gentils et positifs » mais aussi celui de Valentine dans lequel elle questionne son activité par rapport aux réactions pas toujours bienveillantes qu’elle suscite .

Et pour conclure sur une note positive, cet article du Huffington Post avec des citations inspirantes 😉

 

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7 commentaires sur “Troubles dans l’éthique : le procès de la gentillesse.

  1. Ah !! Article très intéressant. Je trouve aussi que la gentillesse est devenue une qualité « bâtarde », à mi-chemin entre l’hypocrisie et la soumission, alors que je trouve ça IMPORTANT que les gens soient gentils et continuent à développer cette qualité : c’est elle qui nous connecte et nous rend humains.
    Je crois aux gens gentils ! Merci pour ton post 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. C’est tout à fait ça, une qualité « batarde » , je trouve que l’expression est on ne peut plus adéquate , et en ce qui concerne l’hypocrisie , je vois tout à fait de quoi tu veux parler : cet espèce de doute persistant quant à savoir s’il s’agit d’une « vraie » gentillesse ou de méchanceté déguisée en gentillesse ( dans le bouquin il y a une partie très intéressante là dessus, qui parle du « vrai méchant  » décomplexé de jadis et de celui qui se cache sous une fausse gentillesse aujourd’hui ) et je te rejoins évidemment sur le fait que cette vertu me semble indispensable et meme salvatrice ! J’ai bon espoir que les gens se lassent de la méchanceté , meme s’ils sont convaincus que c’est pour rire ! Merci de m’avoir lue en tout cas 🙂

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  2. Un vaste débat…on me dit régulièrement « trop gentille »-je ne savais pas qu’on pouvait trop l’être.
    J’ai désormais une réponse toute prête, lorsqu’on me parle de gentillesse, qu’on assimile à de la docilité ou autre terme du genre.
    Je répond que peut-être un jour je changerai, peut-être que j’en aurai marre, je ne serai plus aussi gentille, mais ce jour n’est pas arrivé.
    Bizarrement, personne ne sait trop quoi répondre, ça clôt le débat.

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    1. Oui c’est toujours assez perturbant de se voir pratiquement accusé d’être  » trop gentil ». C’est une maladresse qui traduit souvent l’inquiétude que certains en profitent, mais c’est surtout ce que cela signifie dans l’imaginaire collectif qui est blessant (tous ces qualificatifs un peu dégradants dont tu parles) . JE ne vois pas pourquoi le fait d’être gentil soit source de débat ni pourquoi tu changerais si c’est ta façon de fonctionner ! Vive la gentillesse 😉

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  3. Tu as un autre livre qui s’appelle le pouvoir des gentils, de Franck Martin avec un joli nounours en poils tout doux dessus et qui est pas mal.
    Personnellement, je pense être une personne gentille, enfin non JE SUIS GENTILLE bordel! Les gens ne sont plus habitués à la gentillesse et c’est un constat quotidien, limite tu deviens suspect, parce que la gentillesse bien évidemment ne peut être gratuite. Après, il n’y a qu’un pas aussi pour tomber dans le « trop bon trop con », et j’en fais aussi l’expérience assez souvent. Tu te plies en 4 pour des gens que tu apprécies, tout ça pour te rendre compte qu’au final tu t’es fait avoir, et qu’en plus tu es malheureuse. Y’a un équilibre à trouver. Je ne manque jamais de remercier les gens même pour des choses insignifiantes, juste parce que ça fait plaisir et ça fait du bien.
    Bon je reconnais quand même que j’aime beaucoup aussi, mais toujours en « privé », faire ma pute avec les copines ou les collègues 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. Ah je ne connais pas ce bouquin, j’irai jeter un oeil dans le shop de livres d’occasion juste à côté de chez moi (Sérieusement, what else ?) Mais oui tu es gentille, BORDEL ! c’est juste qu’on ose plus tellement utiliser ce terme à cause de toute la merde qu’on lui a collé sur le dos. Imagine deux secondes un profil sur Linkedin avec comme qualités « Gentil » : je suis sure que c’est rédhibitoire alors que ça devrait être l’une des plus belles qualités et une force pour une boite. Mais le mieux, c’est la forme que prend la gentillesse lorsqu’elle rencontre nos traits de caractère 🙂 Et bien évidemment que je connais le « trop bon trop con » même si j’ai horreur de cette expression puisque dans tous les cas, quand tu es gentil tu es d’emblée considéré comme quelqu’un d’un peu con. Epuisant de justifier sa gentillesse et de presque culpabiliser de peur de se faire avoir et d’en souffrir, mais finalement… peut-on regretter d’avoir été gentil ? Tout est dans le « trop », évidemment, mais le tort en général n’est pas de ton côté, même si je suis bien d’accord que c’est juste hyper blessant de se faire avoir par des gens que tu as aidés de bon coeur. Et pour le coté langue de pute, je pense que tout le monde aime cancaner dans la sphère privée (moi la première) ! C’est le coté public qui me révolte, et le coté « je parle de toi à la 3eme personne tout en t’identifiant pour que tu puisses lire toutes les saloperies qu’on pense de toi »

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  4. Comme je suis d’accord avec toi, les gens sont envieux, jaloux et méchants aujourd’hui, ils ne pensent qu’à détruire l’autre, la gentillesse est considérée comme de la faiblesse, c’est nul.

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